CHAHUTÉ PAR LA SOUFFRANCE

Pazayac, août 2005

Par habitude, je débute toujours par les mêmes phrases pour entrer dans le vif du sujet, car il est vrai que les temps de pluie facilitent l’inspiration. En ce moment, il n’en n’est pas le cas, car c’est une sécheresse totale sur toute la France. Et tous les jours que Dieu donne, il fait 40°C à l’ombre, mais je suis tout de même dans ma petite caravane à l’ombre, car je suis tout tartiné de pommade, et je souffre comme un pauvre chien, attaché par la queue en plein soleil !
Ah oui, mes bons amis dans cette fin d’été 2005, je suis chahuté, tripoté et même malmené par une souffrance atroce, car j’ai de l’arthrose. Alors, je ne vous dis pas comme je souffre « à mort », au point que par moment, je m’imagine que j’ai du feu dans les os et qu’à tout moment, je vais voir sortir un petit diable tout brûlant, ou je pense que je vais m’écrouler comme un tas de cendres.
Dehors, il fait une chaleur terrible, et moi je crame à l’intérieur de moi. Tu vois un peu l’affaire, quel mauvais passage pour le vieux Pierrot, pas rien la souffrance des hommes ou femmes, naturellement.
Le plus fort, c’est que la souffrance me ronge à l’intérieur, et moi moralement je me ronge à en être inactif, comme un paralysé, immobilisé, alors que je suis normalement constitué, je suis bloqué et la souffrance ne lâche pas prise, comme la misère après le pauvre. Que l’homme qui se croit fort et bien debout, prenne bien garde de ne pas avoir affaire avec la souffrance, un jour à la croisée des chemins de sa vie qui est si fragile. La souffrance hante toute l’humanité.
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Bien plus qu’un sujet de réflexion, la souffrance est d’abord une réalité douloureuse, mystérieuse et révoltante.
La souffrance est à aborder avec humilité et compassion, et c’est bien ce que l’on va faire par ces quelques notes, sur la pointe de mon stylo, tout en pensant à tous ceux qui luttent contre la souffrance et certaines maladies, qui ne fait pas souffrir et qui ronge à petit feux.
Quand la souffrance est là, elle me possède, me ronge, me détruit même, comme dira Rizo, mon petit-fils. Dans les moments de souffrance, il m’est difficile de penser, de parler, même de prier. Même le fait de croire ne m’explique pas la souffrance que je supporte.
Et le passé, le futur sont effacés, plus rien ne compte, seule existe la présente souffrance. La souffrance est une intruse étrangère à moi, et bien différente de l’idée que je m’en faisais ! Cette intruse, elle entre en moi par effraction. Je ne l’ai pas fait, demandez moi et la voilà qu’elle bouleverse tout mon petit univers. Cette douleur atroce, que je ne sais pas décrire, semble me posséder, m’empêchant de penser ou de réagir, de sourire même.
Quand j’ai mal, je ne suis plus dans mon état normal, mais comme abandonné de tous et livré à quelque chose qui me fait des misères et me ronge à petit feu. Tiens, je souffre rien que de penser à ma souffrance.
Dans les moments de souffrance intense, quelle soit physique ou psychique, il ne m’est pas toujours facile de dissocier toutes mes souffrances, elles se relient les unes avec les autres, et trouble chahute mon être entier, tout est chamboulement sur la guerre en moi.
Quand quelqu’un souffre, il a mal et il a mal dans tout son être entier. Une personne qui a éprouvé une telle souffrance en elle-même ne sera plus jamais la même.
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« L’enfer est tout entier dans le mot souffrance »
Et ça nous donne un aperçu de ce charmant lieu.
Quand l’étau de ma douloureuse souffrance se desserre pour quelques minutes, j’ai le temps de penser et de suite je me dis :
« Suis-je donc si fragile qu’en un instant toutes mes forces se brisent, et que j’ai même envie de quitter la vie ? »
C’est une émouvante constatation réelle de ma condition de créature, fragile que je suis, que poussière en réalité je suis.
Et je repense alors à ce que déclare le Psalmiste : PS 103.15 « L’homme ! il fleurit comme la fleur des champs,
lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus. »
Quand le vent de la souffrance passe sur moi, mon orgueil s’écroule brutalement, directement, car je suis confronté à ma vulnérabilité, à ma faiblesse et je vois que je suis petit, même tout petit, et bien seul en réalité. Face à la souffrance l’homme se retrouve toujours seul.
Même si mes enfants et petits-enfants m’entourent, je suis vite reparti dans une solitude extrême avec ma souffrance.
Papou, pourquoi tu ne ris jamais? Pour mieux «souffrir mon enfant. »
Qui me rejoindra pour partager ma douleur ? J’ai même parfois envie de crier devant leur regard de Pitié.
Ma douleur est au-delà des mots et de toute leur Pitié. Je me sens coupé de tous, par la souffrance que j’endure nuit et jour, année après année. Et le pire encore c’est quand Kalo Mouïle et Peter Rich passent à côté de moi et ma papote sur la tête avec des
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larmes dans leurs yeux et la Loumeni et la Dgouglie (mes jumelles) se gonflent pour ne pas pleurer.
« C’est bien pour cela que l’on m’a surnommé le job des temps modernes ».
Ce tremblement de terre de l’épreuve a ébranlé toute la surface de mon cœur et de mes croyances, qui étaient faites de confiance.
Quand je suis malmené par la souffrance inlassable, alors arrivent au galop des questions par milliers.
Quel sens a la vie ?
Cela vaut-il encore le coup de se battre et en quoi continuer à espérer ou à lutter ? Puis vient la révolte intérieure en soi. Quand les calmants ou drogues ne font plus effet, alors intervient la révolte, elle aussi fait son mal.
La révolte est une réaction fréquente dans l’épreuve chez tous ceux qui sont face à la souffrance ; plus la souffrance est grande, plus la révolte augmente, et plus on cherche l’isolement.
De nombreux personnages bibliques ont connu cette révolte et nous ont laissé des textes bibliques puissants.
Jérémie en se plaignant, dira :
« Pourquoi ma souffrance est-elle continuelle ? »
Habakuk dit sa lassitude face à la douleur :
« Jusqu’à quand Ô ETERNEL ? »
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Me révolter a un côté pour moi de soulagement. De plus, mon agressivité me donne du punch pour combattre le mal et je cesse pour quelques instants de parler de mes malheurs ou de ma souffrance, que je vais finir par glorifier, bien qu’elle soit mon ennemie.
Alors je réalise que je n’ai pas d’autre choix que de l’endurer. Il m’arrive même comme à JOB de maudire le jour de ma naissance. Je suis né indésiré, puis mort à six mois de choléra enfantin, ressuscité par un vieux docteur.
Mes parents m’ont toujours appelé quand j’étais enfant le mal- aimé. Ma propre mère a porté sur moi des accusations fausses comme quoi je m’étais rendu voleur de sommes d’argent de l’œuvre de Dieu et cela a fait le tour de la France jusqu’à nos jours.
Puis mes parents m’ont abandonné. Mes enfants, le jour où ils se sont mariés, se sont collés avec leurs beaux-parents, me délaissant toute l’année pour ne venir que les deux plus mauvais mois de l’hiver. De grands malheurs dans mon foyer, abandonné par mes frères chrétiens. Madame Misère est couchée à la porte de ma caravane, même les corbeaux volent sur le dos pour ne pas me voir, je leur fais trop de peine.
Je n’ai plus de larmes pour pleurer, j’ai tout épuisé, je pleure à sec même intérieurement, car j’ai versé des océans de larmes, que je pourrais me noyer dedans, même mon chien Galeux m’a abandonné ! Les souris fuient ma caravane, les larmes aux yeux pour ne plus m’écouter gémir.
Est-ce faire preuve de faiblesse que d’avouer mes tribulations ? Suis-je donc un faible pour avouer que s’en est trop pour moi ?
Jésus Christ lui-même dira aux Apôtres quand l’épreuve est trop forte :
« Mon âme est triste jusqu’à la mort, restez ici et veillez avec moi. »
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En criant sa douloureuse souffrance à son père, Jésus dira : « S’il est possible que cette coupe s’éloigne de moi. »
Matthieu 26-38 ;39.
Moi, Pierrot, quand je traverse l’épreuve de cette misère de souffrance, je m’interroge avec angoisse : Pourquoi ? et je me tourne vers Dieu et je lui pose la même question : Pourquoi ? Et pourquoi toujours mois ?
J’ai besoin de connaître les raisons de mon malheur ou une explication à ma souffrance, ou un soulagement à cette intruse et je crie avec le peu de moelle qui me reste :
« Vanité des vanités tout ce que j’ai fait sur cette terre est poursuite du vent. »
Mais il est temps pour moi de cesser de vouloir comprendre, tout comprendre ou connaître tout de Dieu. Que signifie : cesser de tenter de comprendre Dieu ?
C’est abandonner mes fausses croyances !
Certains chrétiens croient qu’il leur est interdit de déverser leur douleur devant Dieu ou de lui confier leur détresse ; or j’ai bien le droit de dire ma souffrance, c’est moi qui la supporte, pas les autres et j’ai le droit de me révéler, comme un pauvre sujet souffrant que je suis.
J’ai le droit d’exprimer cette souffrance et de crier que je ne comprends pas ce qui m’arrive et toujours trop à moi. Suis-je un abonné de la souffrance et de l’épreuve ?
Une autre forme de croyance bien répandue consiste à dire :
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« Si je souffre, c’est parce que je le mérite, je suis puni. »
ou encore
« Si je deviens plus spirituel, je ne souffrirai plus ou bien moins et je comprendrais mieux ce qui m’arrive
et pourquoi je souffre. »
Croire que si j’étais un meilleur chrétien vivant plus près de Dieu : alors Dieu me révèlerait un secret. Cela est un mensonge et n’a rien de biblique. En plus cela ajoute à l’épreuve de la souffrance une culpabilité bien trop pesante, bien plus encore que la souffrance, car la culpabilité fouille trop les poubelles de ton passé et ne ressortent que les mauvaises choses.
JOB est l’homme de la Bible le plus souvent cité en rapport avec la souffrance qu’il a endurée et surmontée.
JOB ne reçoit aucune explication à ses malheurs, mais il les accepte et il dira :
« Mon oreille avait entendu parler de toi, mais maintenant mon œil t’a vu. »
JOB sait qu’il est mortel, mais il est consolé et il assume mieux ce qui lui arrive tout en se résignant.
JOB n’explique rien, mais il s’implique.
Face à la souffrance, Dieu me fait don de sa paix qui surpasse toute intelligence et dans l’épreuve, quand je souffre, il me dit : Garde confiance en moi, tu ne comprends pas tout, mais continues à croire que je suis le Dieu d’amour qui dirige ton existence, je ne t’ai pas abandonné. Car je faisais toujours le même rêve.
Je voyais une grande plage de sable fin et là, sur cette plage, il y avait « dans » mes rêves, toujours l’empreinte de mes pas dans le sable fin, plus deux autres empreintes. Je savais bien que c’étaient celles de notre Seigneur Jésus qui m’accompagnait dans mes épreuves.
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Et un jour où tout allait encore plus mal dans mes rêves, je voyais toujours cette même plage, mais plus que deux empreintes ; alors je priais et priais, et un jour dans une prière le Seigneur Jésus m’a dit : « Tu t’inquiètes Pierrot, parce que tu ne vois plus que deux empreintes, mais sache que dans les passages difficiles pour toi, quand tu ne voyais que deux empreintes, ce n’est pas que je t’avais abandonné, mais c’est tout simplement que je te portais. Je ne t’ai jamais abandonné, même au plus mauvais moment de la tempête de la peur et pour ce qui est de ton avenir. Je suis avec toi tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Matthieu 28 ; 20.
La loi biblique révèle la souffrance, mais la grâce la domine.
Oui, mes amis, vous qui pour certains souffrez autant que moi, ce pauvre et bien heureux Pierrot, mais sachez avec certitude que même la plus grande de toutes les souffrances qui nous tenaille et nous fait cruellement souffrir, ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur.
Comment est bien petite notre souffrance face à la souffrance du Christ, souffrant sur la croix pour nous. Alors mon cœur de vieux Bohémien trouve une consolation pour ma douleur atroce et un réconfort dans l’épreuve qui s’accroche trop souvent à moi comme une tique sur un chien.
Rien ne s’explique, rien ne se comprend dans les mystères de la vie et de la mort et même de tous ces Pourquoi ?
Certes, il n’est pas facile d’accepter tout cela !
Plus que je souffre, plus j’aime Dieu ! Va comprendre Toi.
Quand tous mes enfants se reposent et que je suis seul avec cette souffrance (qui ne se repose jamais elle), alors je sais que j’ai Jésus qui veille sur moi : alors plus de Pourquoi puisqu’il est avec Moi et aussi avec Toi. La peur du lendemain et la souffrance qui sont mon lot quotidien me rapprochent de Dieu.
Personne ici bas ne peut partager nos souffrances, alors on a un seul recours : Dieu avec son baume divin.
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Je ne peux pas porter ta souffrance, quelle qu’elle soit, comme toi tu ne peux pas porter mes souffrances. Mais si tu le veux, Toi, Moi et Jésus, on pourrait faire un bout de route ensemble, là où coulent le lait et le miel. Nous, peuple errant et vagabond sur la surface de cette terre faite que de souffrance, notre espérance c’est le pays où il n’y aura plus ni deuil ni souffrance.
Nous qui avons toujours été chassés, repoussés, de ville en ville, mal-aimés de tous, nous qui n’avons jamais été propriétaires sur cette terre, S.D.F. depuis le début des temps. Nous, avons la certitude qu’une demeure nous attend dans la maison du Père, dans la Jérusalem céleste. On est tous invité, même toi et moi. Seule la souffrance n’a pas le droit d’entrer.
Oui, c’est nous les souffrants qui avons la paix de Dieu dans nos souffrances. Tenons bon, la délivrance approche et finie la souffrance.
Je vous embrasse plus que fort avec le peu de santé qui me reste, mais avec toute l’énergie que Dieu me donne.
Pierrot
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Pierre Micheletti 24120 Pazayac TEL : 05.53.50.21.10

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